A la découverte d’Anne Bounias-Delacour

Anne DB

Le regard fixé sur une bête qui en ferait fuir plus d’un, Anne Bounias-Delacour, les traque sans cesse depuis des 10 aines d’années afin d’observer et nous faire découvrir ce monde magnifique et féerique des araignées.

Nous avons eu la chance unique de pouvoir poser nos questions à cette femme hors du commun, c’est notre coup de cœur 🙂

Wor: Bonjour madame Bounias-Delacour,

Anne.DB: Bonjour 🙂

Wor: Vous êtes une spécialiste des araignées françaises  depuis combien d’années ?

Anne.DB: Cela fait maintenant près de 50 ans puisque j’ai eu cette passion dès l’âge de 7 ans et que j’en ai aujourd’hui 57.

Wor: Combien d’araignées avez-vous chez vous ?

Anne.DB: Plus de 5000, mais en collection dans l’alcool car en systématique arachnologique, toute capture doit être conservée et mise en collection pour prouver ses déterminations ou pour contrôler ses spécimens car quelques espèces évoluent parfois, certaines araignées doivent être contrôlées pour vérifier si la première détermination est toujours fiable et parfois certains arachnologues demandent à voir certains échantillons pour des articles, des révisions de familles… Donc toute araignée déterminée est une araignée en collection, conservée dans l’alcool.

« il faut environ 10 ans pour arriver à maîtriser la systématique »

Wor: Quels sont vos diplômes ou permis de détention en votre possession ?

Anne.DB: Je n’ai aucun diplôme en arachnologie, il n’y a pas d’études spécifiques, mais il faut environ 10 ans pour arriver à maîtriser la systématique  et je ne possède pas de permis de détention car je n’étudie que les araignées métropolitaines, je ne possède aucune araignée « exotique ».

Wor: Qu’aimez-vous chez les araignées pour en faire aujourd’hui votre métier ?

Anne.DB: Tout. Leur beauté, leurs mœurs, leur diversité… Les observations sont toujours une source d’enrichissement personnel et de prises de notes sur la biologie des espèces rencontrées.

Wor: Que pense votre famille, vos amis de ce que vous faites et des araignées que vous avez chez vous ?

Anne.DB: Tous les membres de ma famille m’ont toujours approuvée, comprise et aidée. Tous sont fiers de mes travaux. Toutes mes amies et tous mes amis également, ils profitent de mes connaissances lors de randonnées et pour quelques-uns je leur ai appris à ne plus avoir peur des araignées.

Wor: Avez-vous déjà fait la découverte d’une espèce qui n’était pas encore répertoriée ou une espèce porte-elle votre nom ?

Anne.DB: Oui j’ai découvert plusieurs espèces nouvelles pour la France, mais ces araignées étaient déjà décrites dans des pays limitrophes, donc aucune araignée ne porte mon nom et je ne cours pas après la gloire, je veux juste être reconnue pour mes connaissances, mes recherches et travaux.

Wor: Combien d’espèces avez-vous pu observer ?

Anne.DB: Plus de 750, lors de l’inventaire du Luberon et de Ventoux-Lure avec Jean-François Cornic, nous avons recensé 740 espèces et depuis j’ai observé d’autres araignées sur d’autres lieux. Comme toutes les araignées doivent être déterminées grâce à leurs organes génitaux, spécifiques à chaque espèce, chaque araignée est donc regardée sous une loupe binoculaire.

Anne BD

Wor: Vous avez depuis peu une entreprise dans votre domaine, quel sentiment avez-vous de pouvoir vivre de ce qui est à la base votre passion ?

Anne.DB: Malheureusement pour le moment je n’en vis pas encore, je n’ai pas suffisamment de contrats afin d’effectuer des inventaires arachnologiques pour pouvoir en ressortir un salaire. Mais le fait de pouvoir travailler tous les jours sur les araignées me remplit de bonheur, je suis mon propre patron et donc je ne connais plus de stress car la majorité de mes journées sont vouées aux observations dans la nature, photographies ou écrits sur les araignées et pour moi ce n’est pas un travail mais un plaisir et des découvertes journalières. 

« transmettre mes connaissances et informer les gens »

Wor: Quel est le but principal de votre entreprise ?

Anne.DB: J’ai créé mon entreprise pour pouvoir réaliser des inventaires sur des réserves, des parcs naturels et pouvoir ainsi être rémunérée. Jusqu’à présent j’ai toujours fait des recherches bénévolement, mais les inventaires arachnologiques prennent beaucoup de temps sur le terrain et au laboratoire (déterminations et présentation des résultats, mise en collection…) et pour pouvoir réaliser des inventaires il me fallait beaucoup plus de temps disponible. Mon but est surtout la promotion des araignées, les faire connaître au plus grand nombre, transmettre mes connaissances et informer les gens sur la place primordiale qu’elles représentent dans la biodiversité et la lutte biologique.

« c’est souvent un problème d’éducation ou de peur transmise. »

Wor: Vous faites des conférences et vous êtes également interviewée par des journaux locaux et même plus importants où vous pouvez faire passer votre message principal (si je ne me trompe pas c’est de redorer l’image des araignées auprès du public) avez-vous la sensation que ce message passe bien ou cela reste difficile ?

Anne.DB: Le message n’est pas toujours évident à faire passer car beaucoup de personnes sont hermétiques, n’aiment pas la nature, les insectes, les arachnides… c’est souvent un problème d’éducation ou de peur transmise. Mais lorsque les gens commencent à regarder ce qui les entoure, font la démarche de venir écouter une conférence, emmènent leurs enfants à des journées naturalistes et qu’ils écoutent les informations transmises, ils changent vite d’avis, regardent les araignées et veulent en savoir plus, donc ils posent beaucoup de questions. Beaucoup de personnes ont souvent peur de ce qu’ils ne connaissent pas et il suffit parfois de leur montrer qu’il n’y a aucun danger, que la nature est belle et source d’observations, de découvertes et de joies simples ; alors on les voit s’intéresser, être curieux et réceptifs. C’est toujours encourageant et une grande satisfaction de pouvoir sensibiliser et ouvrir le public au plaisir de se promener, d’apprécier ou d’observer les richesses de la nature.

« Malheureusement ils falsifient la vérité et beaucoup de personnes sont ainsi sensibilisées par ces informations exagérées et parfois mensongères. »

Wor: Que pensez-vous des médias principaux qui font souvent passer les araignées pour des animaux dangereux et agressifs ?

Anne.DB: Ils veulent faire de l’audience donc de l’argent en misant sur le sensationnel, le danger ou la peur. Bien souvent les médias falsifient la vérité et beaucoup de personnes sont ainsi sensibilisées par ces informations exagérées et parfois mensongères. D’ailleurs peu de journalistes prennent le temps de s’informer auprès de spécialistes pour vérifier leurs sources. Ils ne font que reprendre des faits dans des articles étrangers. Malheureusement beaucoup d’enfants sont ainsi uniquement intéressés par les araignées les plus dangereuses, les plus grosses… Dès qu’on leur dit qu’il n’y en a pas en métropole, ils n’écoutent plus les explications, car ils sont devenus voyeuristes, blasés et uniquement les informations sensationnelles les motivent. Heureusement à force de voir ce genre d’informations parfois grotesques certaines personnes commencent à douter et à ne plus les lire. Plusieurs arachnologues essaient de rétablir la vérité tous les ans lorsqu’à l’automne les articles farfelus sur les morsures d’araignées ressortent.

AnneWor: D’après vous quelle image ressort globalement en France face à ces bêtes ?

Anne.DB: Les gens connaissent peu les araignées, beaucoup en ont peur par méconnaissance. Mais dès qu’ils ont une information précise et argumentée, ils changent d’avis, s’y intéressent parfois mais surtout ne les écrasent plus, ils savent qu’elles sont des insecticides naturels et que s’il y a des araignées chez eux c’est que l’environnement n’y est pas pollué !!! 

D’ailleurs nous sommes moins d’une centaine d’adhérents français à l’Association Française d’Arachnologie (AsFrA). Nous avons commencé il y a 10 ans à promouvoir et étudier les araignées au niveau national. Certains départements ont très peu de données sur l’aranéofaune qui y est présente, car il n’y a pas d’arachnologue dans les environs. 

« environ 3 millions de tonnes par jour ! « 

Wor: Une Étude officielle a déterminé qu’approximativement chaque année en France les araignées mangent l’équivalent de 400 000 insectes par hectare, d’après vos études sur ces bêtes, est-ce que ce chiffre est-il possible pour vous ?

Anne.DB: Les araignées mondiales (46 000 espèces) consomment entre 400 et 800 millions de tonnes d’insectes par an, environ 3 millions de tonnes par jour ! 

En France, les milieux les plus riches peuvent regrouper environ 2000 araignées au m2 et chaque araignée mange son propre poids d’insectes tous les 2 à 3 jours.

Retrouvez l’article ICI 

araignée

« l’homme ne survivrait pas »

Wor: D’après vous si l’intégralité des araignées ne serait-ce qu’en France devait disparaître, quel impact ceci aurait-il sur la faune et la flore française et sur l’homme ?

Anne.DB: S’il n’y avait plus d’araignées, l’homme ne survivrait pas car la terre serait le monde des fourmis. Certains insectes, autres auxiliaires de prédation ainsi que les reptiles et les oiseaux ne suffiraient pas à réguler la prolifération des insectes ravageurs des cultures, donc de la flore… Il y aurait un déséquilibre de la chaîne alimentaire et obligatoirement la prolifération de ce qui est le plus mangé par les araignées, les fourmis.

« L’homme bien sûr, aucun animal n’a jamais rien fait pour la destruction, l’appauvrissement des ressources ni la pollution de la terre. »

Wor: Pour vous, qui est le plus dangereux, l’être humain ou les araignées ?

Anne.DB:L’homme bien sûr, aucun animal n’a jamais rien fait pour la destruction, l’appauvrissement des ressources ni la pollution de la terre. Dans le cycle de la vie il y a toujours plus ou moins un équilibre entre tous les acteurs d’un même milieu. Les déséquilibres et donc les menaces sur certaines espèces, la destruction et l’artificialisation des milieux, la pollution sont toutes des actions dues aux activités humaines. Le réchauffement climatique et la disparition de nombreuses espèces tous les jours en sont malheureusement les conséquences.

J’ai créé mon site pour apporter le plus d’informations possibles pour d’éventuelles structures naturalistes qui seraient intéressées par mes aptitudes en vue de réaliser un inventaire et pour le public afin de répondre au mieux aux questions que les gens se posent, pour les rassurer, pour déterminer les araignées qu’ils rencontrent (quand je peux).


Le contact facile, une passion commune pour ces animaux sans qui nous ne serions pas présents, c’est avec un grand plaisir que nous remercions madame Anne Bounias-Delacour pour le temps qu’elle nous a accordé mais également pour faire partager sa passion et sa vie auprès des gens.

Vous pouvez retrouver sont site internet => www.filsetsoies.com

 

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